Van Rompuy-Ashton, un tandem belgo-britannique "discret" pour une Europe plus consensuelle
2009-11-19 19:50:00
Par Verena Von Derschau, THE ASSOCIATED PRESS
BRUXELLES - Choix consensuel jeudi soir à Bruxelles. Les chefs d'Etat et de gouvernement des Vingt-Sept ont désigné, rapidement et sans aucun de ces drames dont l'Europe a le secret, le Premier ministre belge Herman Van Rompuy comme premier président stable du Conseil européen, tandis que la Britannique Catherine Ashton était élue à l'unanimité Haut représentant pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité de l'Union.
Deux personnalités largement inconnues du grand public et sur la scène internationale vont donc devenir le "visage" et la "voix" de l'Europe telle que voulue par le traité de Lisbonne. Un choix qui suscitera certainement beaucoup d'incompréhension, voire de moqueries, à travers l'Europe, mais qui a été salué jeudi soir par les principaux leaders européens.
"Un vote aurait affaibli l'Europe", a soutenu Nicolas Sarkozy estimant que les "péripéties du traité de Lisbonne" avaient fourni leur dose de psychodrames. "C'est un choix extrêmement complexe de mettre d'accord 27 pays issus de familles politiques différentes", a encore expliqué le président français, évoquant la "mosaïque" européenne et le subtil équilibre trouvé, dans l'attribution des principaux postes, entre grands et petits pays, Nord et Sud, anciens et nouveaux membres...
Concernant la nomination aux allures de surprise de Catherine Ashton, qui doit encore être confirmée par le parlement européen car elle est également vice-présidente de la Commission, elle montre "que la Grande-Bretagne est au coeur de l'Europe", s'est réjoui le Premier ministre Gordon Brown, soulignant qu'"elle est la première femme qui occupe une position aussi importante dans l'Union européenne", s'est réjoui le Premier ministre Gordon Brown.
"Jugez-moi sur mes actes et je pense que vous serez contents et fiers de moi", a déclaré la principale intéressée devant la presse. "Suis-je un ego sur pattes? Non, je ne le suis pas", a-t-elle reconnu. La chancelière allemande Angela Merkel, principale femme forte de l'Europe, a salué en Lady Catherine "une personne très capable et qui a tout ce qu'il faut pour se charger de ce travail".
Et ces dirigeants de nier, comme un seul homme, avoir voulu choisir un duo suffisamment effacé pour ne pas risquer de se faire voler le leadership européen.
Pour Nicolas Sarkozy, celui qui laisse donc la Belgique à son sort constitue un choix "excellent", et tout sauf fade: "Excellent parce que c'est un homme de très grande qualité dont j'ai toujours apprécié les prises de position volontaristes au sein du Conseil. C'est un homme profondément européen, (...) qui vient d'un pays fondateur de l'Union européenne", a-t-il souligné louant le chrétien-démocrate flamand comme "l'une des personnalités les plus fortes autour de la table du conseil".
Les interlocuteurs des Vingt-Sept, qu'il s'agisse des Etats-Unis, de la Russie ou de la Chine "sauront appeler celui dont ils savent qu'il parle au nom de l'Europe", a renchéri Mme Merkel. "Mon rôle consiste à trouver un consensus sur tous les sujets, y compris la candidature de la Turquie", a souligné M. Van Rompuy, enfilant immédiatement l'habit d'homme du compromis, et déclarant que son avis sur ces questions importait peu.
Promettant d'être un président "discret", il a dit vouloir faire de l'emploi et du changement climatique les principaux enjeux de son mandat de deux ans et demi, renouvelable une fois. "Nous vivons une époque extrêmement difficile", a déclaré le futur président du Conseil estimant que "ces problèmes peuvent être surmontés par des efforts communs dans et entre nos pays".
Herman van Rompuy, 62 ans, et Catherine Ashton, 53 ans, doivent prendre leurs fonctions le 1er décembre, moment de l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne.
Il leur appartiendra alors de donner des contours précis à ces deux postes, décrits de manière assez vague dans le traité. "La définition des fonctions se fera de manière pragmatique parce qu'il faudra harmoniser la présidence stable, la présidence tournante, le rôle du Haut représentant, sans aucun doute", a reconnu Nicolas Sarkozy.
Par ailleurs, le départ de Herman Van Rompuy de son poste actuel risque de replonger la Belgique dans la crise politique qui l'a secouée en 2007 et 2008 avant que le Flamand ne parvienne à fédérer et apaiser les deux communautés belges. Une opération de pacification qui a pesé dans sa désignation jeudi soir, comme l'a reconnu Nicolas Sarkozy. C'est "un homme qui est habitué au compromis, au bon sens du terme, qui est la base du fonctionnement des institutions européennes", a-t-il noté.
Enfin, a annoncé Nicolas Sarkozy, le Français Pierre de Boissieu reste le secrétaire général du Conseil pendant deux ans encore, alors que Michel Barnier deviendra le Commissaire de la France "avec des responsabilités importantes". Il n'a pas en revanche pas confirmé que le portefeuille du marché intérieur et des services financiers aurait été promis à l'eurodéputé, en contrepartie du soutien français à la candidature de Catherine Ashton.